Feu Hassan II, très tôt –en 1976-, avait saisi l’intérêt de lier le destin du Maghreb en général, et du Maroc en particulier, à celui de leur voisin européen : « le Maroc ressemble à un arbre dont les racines nourricières plongent profondément dans la terre d'Afrique et qui respire, grâce à son feuillage bruissant, aux vents d'Europe".

Cette citation est parfaitement transposable à nos voisins algériens et tunisiens, qui partagent avec l’Europe, tout comme nous, des liens historiques indéfectibles, et dont le destin est inexorablement lié au vieux continent.
En effet, aujourd’hui, face à la polarisation accélérée de la planète, nous n’avons d’autre choix que d’unir nos forces pour constituer une réelle puissance et créer un nouveau pôle autour de la méditerranée, basé sur le co-développement et le respect mutuel des intérêts de chacun.

Monsieur Sarkozy, président de la république française et de l’Union Européen, lors de sa visite au Maroc, et plus particulièrement Tanger, ville internationale par essence, pour lancer un appel à tous les peuples de la Méditerranée. Il a rappelé à juste titre que vouloir l’union méditerranéenne n’était pas renier l’histoire, et n’était pas non plus faire table rase du passé. Mais l’union est plus pour nous aujourd’hui le moyen de mener à terme des projets pragmatiques porteurs d’intérêts vitaux pour tous les pays de ce futur pôle.

L’Union méditerranéenne, à mon sens est bien mieux partie que nombre d’anciennes tentatives de rapprochements entre les deux rives. Il a été précisé qu’elle se bâtirait avec pour priorités la culture, la santé, la justice, la tolérance, l’éducation, et le capital humain pour tous, ou qu’elle ne se fera point. C’est le moment de faire de ce projet le premier laboratoire mondial de co-développement, et de construire un réel protocole d’échange profitable à tous.

Le Maroc a déjà amorcé ce virage important de son histoire commune avec ses peuples voisins, et se prépare depuis les années 80 à ancrer son développement à celui des peuples de la méditerranée. L’Europe qui est depuis toujours notre partenaire numéro un et les liens viscéraux qui nous lient à nos voisins maghrébins, ne peuvent qu’augurer les meilleurs présages pour notre avenir.
 
De grands projets sont d’ores et déjà lancés… Je citerai le port de Tanger, qui sera à terme le plus grand port méditerranéen, en passant par le plan Azur pour la promotion de la destination « Maroc » à travers la création de nouveaux pôles d’attraction touristique, et la valorisation de nouveaux métiers de services, basés sur la valeur ajoutée créée par nos compétences formées et diplômées à l’étranger, qui importent leur savoir faire dans leur pays d’origine,…

Ce ne sont que des exemples de l’incroyable effervescence que vit aujourd’hui l’économie marocaine, une économie qui s’appuie sur une réelle stabilité politique, un environnement d’investissement sain, un capital humain riche, une main d’œuvre qualifiée, et un marché riche en potentialités et prometteur.
Cela, les plus grands groupes français et européens l’ont compris très tôt, et ont investi en masse dans tous les pans de l’économie marocaine. Nous les retrouvons aujourd’hui dans les télécoms, avec Vivendi et Telefonica, actionnaires de Maroc Telecom et Meditel, qui jouissent d’une profitabilité exceptionnelle (l’action Maroc Telecom, cotée à la bourse de Paris, est depuis son introduction l’une des plus rentables du cac 40).
Dans le secteur bancaire, le crédit lyonnais, la BNP, la société générale, le crédit agricole, actionnaires du crédit du Maroc, de la BMCI, de la SGMB, et du crédit agricole marocain, ont compris l’intérêt qu’elles avaient à être présents sur un marché en si forte expansion, autant par leur activité de banque de détail que de banque d’affaire ou de fusion acquisition.

Dans le domaine du BTP et des industries connexes, fleuron de l’industrie française, Bouygues, Vinci, Alstom, ou Cegelec raflent des marchés majeurs du pays, et sont devenus des partenaires incontournables du développement des infrastructures du Maroc, et ce malgré l’omniprésente concurrence chinoise qui peine encore à prendre ses marques dans le marché marocain.

Dans les industries à forte technicité, des leaders mondiaux dans l’équipement automobile (Valéo, Renault…) et aéronautique (Snecma et EADS), les puces électroniques, les télécommunications (Alcatel, Siemens…), ont saisi l’opportunité de délocaliser une large partie de leur production au Maroc.
 
Dans le secteur touristique, de nouveaux partenariats entre groupes hôteliers européens et institutionnels marocains dans le cadre du plan Azur viennent se greffer aux anciens qui portent déjà leurs fruits, pour permettre au Maroc d’atteindre, à terme, 10 millions de touristes en 2010.

Dans le cadre du plan Emergence, fruit de 3 années de collaboration du cabinet Mc Kinsey avec le gouvernement marocain, l’accent a été porté sur la nécessité de se rapprocher encore plus du principal partenaire du pays, l’Europe, tout en élargissant les horizons d’investigation des décideurs marocains. Ce plan pointe aussi de nombreuses opportunités de développement dans le domaine de la sous-traitance industrielle, administrative (offshoring), et informatique.

Et ce ne sont encore que des exemples parmi tant d’autres du dynamisme économique maroco–européen, et en particulier maroco–français. Nous pouvons aussi rajouter à la liste les multiples projets dans la pêche, l’agroalimentaire, l’artisanat, ou le textile.
Ce dynamisme s’est vu récemment doté d’une entité qui canalisera les efforts allant dans son sens, et structurera les futures actions mixtes émanant des patronats marocains et français : le groupe d’impulsion Maroc-France. Ce groupe, initié par des hommes qui croient à notre destin commun, comme Jean René Fourtou, Président du directoire de Vivendi, Mustapha Bakkoury, PDG de la Caisse des Dépôts et de gestion, ou Jacques LEFEVRE, PDG de LAFARGE, est la preuve aujourd’hui, et à échelle réduite, que la collaboration étroite entre les deux rives de la méditerranée, en bonne intelligence, dans un rapport win-win équitable, et au sein d’un organisme structuré et réglementé est tout à fait possible et même fortement profitable.

Maintenant, bien sûr il faudra se prémunir, lors de la constitution de l’union de dérives éventuelles qui par le passé ont pu caractériser les relations nord-sud.
Ainsi, il faudra éviter d’encourager dans nos pays des spécialités entièrement orientées vers les besoins de l’UE comme la pêche ou le tourisme. Il faudra aussi surveiller les éventuels transferts de systèmes de productions industrielles polluantes et nocives comme les raffineries de pétrole ou les incinérateurs d’ordures. Aussi, les pays du sud de la méditerranée sont fortement hétéroclites et différents, néanmoins, ils souffrent d’une large base de problèmes communs qu’il sera nécessaire de prendre en compte.
 
La plupart connaissent une crise sociale de gravité variable due à l’échec de nombreuses stratégies de développement. L’urbanisation sauvage, la pression démographique, et une forte ruralisation viennent s’ajouter aux aspects problématiques communs de ces pays.
Ensuite, économiquement, nombre d’entre eux voient leur production industrielle très peu diversifiée, et le commerce infra -régional est marginal. Leurs systèmes publics sont souvent très étendus mais rarement efficients, et ils sont généralement dépendants des pays riches, ne serait ce que par leur endettement ou les aides qu’ils en attendent.


J’ai succinctement balayé quelques uns des points majeurs à prendre en compte pour cerner de la manière la plus globale possible la difficulté d’intégration des pays du sud à l’union méditerranéenne. Il ne faut maintenant évidemment pas s’arrêter à cela, mais plutôt aller de l’avant, et faire le nécessaire pour favoriser l’éclosion de cette union qui sera, je le pense, à terme, la clé de la réussite de tous les plans de co-développement attendus ou déjà partiellement mis en place -comme c’est le cas au Maroc-, par les différentes parties concernées.
 
Par : Imad Bouziane

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