· Verdict samedi à Marrakech


Finalement la manœuvre orchestrée par Mustapha Mansouri pour miner l’action du «mouvement des réformateurs» n’a pas donné les résultats escomptés. Bien plus, elle n’a fait que renforcer et donner une image d’un mouvement uni, dont l’objectif est d’évincer un président «devenu trop individualiste» aux yeux des «réformateurs». La mascarade de la «réunion», samedi dernier, du Comité central du Rassemblement national des indépendants (RNI), est venue confirmer les «réformateurs» dans leur démarche.
Comment peut-on tenir une réunion du Comité central avec seulement 43 membres sur 405? s’indigne un dirigeant de la formation politique. «Une réunion nulle et non avenue et qui n’engage que le seul Mansouri», ajoute-t-il. Le fait même d’avoir convoqué une réunion du Comité central est en soi «illégal», a affirmé, à L’Economiste, Salaheddine Mezouar, chef de file des «réformateurs». Et d’ajouter: «c’est une décision illégale parce que les statuts du parti prévoient que le président convoque après accord du Bureau exécutif et arrêt de l’ordre du jour par ce même bureau». Or, indique Mezouar, le Bureau exécutif est dans sa grande majorité dans les rangs des réformateurs et par conséquent n’a ni délibéré sur l’ordre du jour ni appelé à une quelconque réunion du Comité central.
En cette journée du 16 janvier, qui ne manquera certainement pas de faire date dans l’histoire du parti, on ne voyait qu’un seul leader: Salaheddine Mezouar dont les 320 membres du Comité central (sur 400) qui ont rallié le «mouvement des réformateurs» scandaient le nom. Certes, Mansouri a bel et bien essayé de négocier. Un premier émissaire, en l’occurrence Mohamed Bouhriz, membre de la Chambre des conseillers, chef de file des «Rnistes» à Tanger et néanmoins un inconditionnel de Mansouri, a quitté vers 11h la salle où ce dernier s’était enfermé. Il s’est directement dirigé vers Mezouar qui «campait» avec les autres «réformateurs» sur le trottoir d’en face. «Mansouri vous propose de rejoindre la salle et on négociera après». C’était cela la proposition que transmettait Bouhriz et à laquelle Mezouar a, sans hésiter, opposé une fin de non-recevoir. Vingt minutes après, deux autres émissaires se dirigèrent vers Mezouar: «Mansouri vous propose de constituer une petite commission composée de 6 membres du parti, trois pour chaque partie». Deuxième non cinglant de Mansouri. «Il n’y aura pas de négociations, nous sommes dans une institution et il ne peut y avoir de négociations entre personnes dans les coulisses», affirmera Mezouar à L’Economiste.
Mais comment en est-on arrivé là? «Mansouri demeure notre ami, mais nous lui reprochons ses prises de décision individualistes alors qu’ils nous a promis, à nous qui l’avions soutenu lors du Congrès en 2007, de démocratiser le parti et tout mettre en œuvre pour que la transparence prime sur tous nos débats», a indiqué Chafik Rachidi, membre influent dans la formation politique. «Le déclic est venu de là et le mouvement des réformateurs qui ne comptaient pas plus qu’une quinzaine de personnes a fait tâche d’huile, puisque les militants, les membres du Comité central, du Conseil national et du Bureau exécutif se sont finalement rendus compte que Mansouri n’a pas tenu ses promesses», ajoute-t-il. C’est le même sentiment chez de nombreux autres membres du RNI à commencer par ses ministres et ses députés. «Mustapha Mansouri s’est lui-même mis dans le pétrin en n’ayant pas senti monter le mouvement de grogne qui, pourtant, était bien palpable», dira Maâti Benkaddour, ex-président de la Chambre des conseillers et membre influent du parti.
En fait, Mustapha Mansouri a commis deux erreurs tactiques: avoir retiré à Mezouar la délégation de pouvoir pour restructurer le parti une semaine après la lui avoir accordés en présence des représentants de la presse et des membres du Bureau politique, du Conseil national et du Comité central. Mais, c’est la deuxième erreur qui risque d’être politiquement fatale pour Mansouri: annoncer la convocation du Comité central, quatre jours seulement après que les «réformateurs» aient fait part de leur décision de réunir le Conseil national.
Aujourd’hui, la réunion du Comité central s’est déroulée dans les conditions que l’on sait (cf. www.leconomiste.com du 18 janvier), c’est-à-dire dans une anarchie indigne d’un parti qui se respecte. Et on attend celle du Conseil national à laquelle ont appelé les réformateurs les 23 et 24 janvier à Marrakech. Une question: Mansouri va-t-il y assister?
 


 


«C’est le Conseil national qui a élu Mustapha Mansouri en 2007. Et c’est ce même conseil qui va le démettre de ses fonctions de président du RNI». L’affirmation est d’un membre du Bureau exécutif du RNI. Les jours de Mansouri à la tête de la formation politique sont, semble-t-il, comptés. Surtout après que les deux tiers des membres du Conseil national aient décidé de rejoindre les rangs des réformateurs. Soit donc près de 550 membres sur les 800 que compte le Conseil. Les listes comportant leurs noms et leurs signatures ont même été déposées au greffe du tribunal administratif.
En outre, leurs chambres sont déjà réservées dans un établissement hôtelier de Marrakech pour leur permettre de «travailler dans la sérénité»… à la destitution de Mansouri. Une chose cependant: les réformateurs sont décidés à le soutenir pour un deuxième mandat en tant que président… du Parlement.

L'Economiste.com

Entre destitution et soutien

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