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 Le projet de construction d’une mosquée non loin du site des attentats du 11 septembre 2001 met aux prises les tenants de deux conceptions des Etats-Unis tout aussi légitimes l’une que l’autre.

Il y a une Amérique où la fidélité à la Constitution l'emporte sur les différences ethniques, les barrières linguistiques et les clivages religieux. Une Amérique où le nouveau venu est aussi américain que l'arrière-petite-fille des Pères pèlerins.

Mais il y a aussi une autre Amérique, une Amérique qui se voit comme une culture unique plutôt que comme un ensemble de règles politiques. Cette Amérique parle anglais et pas espagnol, chinois ou arabe. Elle se reconnaît dans un héritage religieux en particulier : le protestantisme à l'origine, et à présent dans un consensus judéo-chrétien intégrant aussi les juifs et les catholiques. Cette Amérique attend des nouveaux venus qu'ils adoptent ces règles, et vite.

Ces deux conceptions de l'Amérique, l'une constitutionnelle et l'autre culturelle, ont été en tension tout au long de notre histoire. Et elles sont à nouveau en tension cet été dans la controverse autour du projet de construction d'une mosquée et d'un centre culturel islamique à deux pâtés de maison de Ground Zero [le site des attentats du 11 septembre 2001].

La première Amérique a raison de rappeler le droit inaliénable des musulmans à construire et à prier là où ils le souhaitent. Mais la deuxième Amérique a également raison d'exiger des Américains musulmans - et en particulier de personnalités comme Feisal Abdul Rauf, l'imam à l'origine du projet de la mosquée - plus que de simples protestations de leur bonne foi. Les dirigeants musulmans américains ont trop souvent des réponses ambiguës lorsqu'on leur demande de se désolidariser de causes intolérantes. Par rapport à ce que l'on peut observer dans le reste du monde, l'imam Rauf est peut-être le modèle du "musulman modéré". Mais les critères américains ne sont pas ceux du monde entier. Pour que les Américains musulmans soient entièrement intégrés à la vie du pays, il leur faut des dirigeants qui ne qualifient pas l'Amérique de "complice du crime du 11 septembre", ce qu'a fait Rauf peu après les attentats, et qui répondent clairement lorsqu'on leur demande si des groupes comme le Hamas sont des organisations terroristes (question que Rauf a esquivée lors d'une interview à la radio en juin). Et il leur faut des dirigeants assez perspicaces pour comprendre que la construction d'une mosquée à deux pas du site d'un massacre commis au nom de l'islam ne sert pas la quête du dialogue interreligieux.

En d'autres termes, il leur faut des dirigeants capables de comprendre que si les idéaux de la première Amérique protègent le "E pluribus", ce sont les exigences que la deuxième a à l'égard des nouveaux venus qui aident à faire le "unum" [allusion à la devise américaine, E pluribus unum (Un à partir de plusieurs)].

 

Tiré du Courrier international

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