· Le wali de Bank Al-Maghrib prêche la réforme permanente


«Il est impératif de tirer les leçons de la crise et d’éviter de renouveler les erreurs qui ont conduit aux difficultés actuelles». Même si le navire Maroc n’a pas été foudroyé par les vagues de la crise financière, Abdellatif Jouahri, wali de Bank Al-Maghrib, prêche la prudence.

Le Royaume a néanmoins été touché par les effets de la «deuxième mi-temps», par les canaux de transmission exposés à l’international. Les difficultés des sous-traitants automobiles, textiles ou la baisse des transferts de MRE ont fait quelques dégâts. Mais en gros, l’économie a plus que résisté. Pour autant, il ne faut pas baisser la garde, prêche le patron de la banque centrale qui met ainsi sa casquette de conseiller du gouvernement. Dans une conférence au Centre de recherche de la Faculté des sciences économiques de l’Université Hassan II à Casablanca, il avait développé une série de pistes de réformes indispensables. Pour le gouverneur de la banque centrale, plusieurs défis attendent l’économie marocaine. «Il s’agit tout d’abord et sans plus attendre de mettre en place les réformes indispensables à une accélération de la croissance sur une base durable». Ces réformes dont certaines sont douloureuses, accusent du retard dans leur mise en œuvre, mais elles sont malgré tout nécessaires et urgentes car la crise a mis en évidence les problèmes structurels et les fragilités de l’économie nationale.
Un autre défi concerne la gouvernance et l’efficience des politiques économiques. Comme beaucoup d’observateurs, le wali de Bank Al-Maghrib est convaincu que la crise a montré «l’importance de la mise en cohérence des politiques économiques, ainsi que la nécessité de dispositifs efficients de suivi-évaluation». Une manière d’insister sur la cohésion entre les approches sectorielles, et un rappel à ne pas perdre de vue la vision macroéconomique d’ensemble. Les enjeux sociaux ne doivent pas être minimisés. La résorption du chômage représente un défi majeur. A ce titre, la flexibilité du marché du travail pourrait constituer une mesure fructueuse à l’avenir. Les carences en matière d’éducation nationale et de santé doivent être rapidement comblées.

 



Déficits jumeaux


Pour relever avec succès les défis auxquels il doit faire face, le Maroc doit dès à présent s’atteler à résoudre les problèmes structurels dont le caractère critique a été exacerbé par la crise actuelle et préparer avec détermination l’après-crise. A cette fin, plusieurs réformes majeures doivent être rapidement envisagées. En matière budgétaire, la consolidation de la soutenabilité budgétaire est un acquis primordial qui doit être maintenu afin de pouvoir mener les actions visant la résorption des déficits sociaux. L’excédent de 0,4% réalisé en 2008 et les prévisions pour 2009 et 2010 laissent indiquer un retour à un déficit se situant respectivement à 2,7 et 4%, en liaison notamment avec la hausse des dépenses d’investissement. De plus, les dépenses de fonctionnement demeurent extrêmement élevées et devront progresser de 11% par rapport à l’année 2008. A cet égard, des efforts de rationalisation au niveau de ces dépenses méritent d’être entrepris dans les meilleurs délais.
Il va falloir procéder au renforcement de la dynamique des recettes par le biais d’une résorption de l’informel et d’une réforme de la fiscalité. En outre, il convient de réfléchir à la problématique du déficit du compte courant de la balance des paiements.

L'Economiste.com

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